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L'accordéon diatonique est un des instruments de base de la musique traditionnelle malgache. Ses halètements, ses mélodies tournantes, se sont intégrés depuis près de deux siècles à la pratique musicale de la Grande Ile où on l'utilise souvent pour provoquer la transe. Pourtant, suite à la paupérisation du pays et des musiciens, l'instrument devient de plus en plus rare : l'accordéoniste malgache est une espèce en voie de disparition. Régis Gizavo fait figure d'exception. L'accordéoniste de Tuléar se présente à la fois comme un défenseur des traditions de sa région et un musicien moderne, original, intégrant les influences avec une parfaite aisance. Son expérience au pays a fait de lui le musicien accompli qui, en 1990, obtenait le prix "Découvertes" de RFI. Depuis son arrivée en Europe, la même année, on l'a vu aux côtés de musiciens de tout poil : jazz, oriental, africain ou variété... Mais c'est dans ses propres spectacles et albums, en duo avec le percussionniste David Mirandon, qu'il exprime sa véritable identité : celle de musicien aux oreilles ouvertes et au cœur irrémédiablement malgache.
Crédit Photo: Mephisto © Mephisto.
Régis avait à peine six ans lorsqu'il animait les fêtes de son école avec l'accordéon diatonique de son père, le plus courant à Madagascar. Lorsque Régis a 12 ans, son père fait l'acquisition d'un accordéon chromatique à touches clavier dont le fils fait immédiatement l'apprentissage. Sur cet instrument, il se constitue un répertoire varié, à la fois traditionnel et moderne. Déjà, son interprétation de la tradition sort des chemins battus : il joue au chromatique de la musique faite pour le diatonique, ce qui lui donne une accentuation différente. Lorsqu'à 19 ans, il entame une carrière professionnelle, c'est avec l'accordéon chromatique à boutons d'un vieil ami - nouvelle technique encore, nouvel apprentissage. Lors de son périple à travers Madagascar il se produit dans chaque ville avec des instruments de louage, accordéons de tous genres, mais aussi valiha ou guitare. Quant à sa voix, elle a un cachet original, à la fois vibrant et velouté, qui n'est pas passé inaperçu du jury de RFI ni des leaders d'l Muvrini. Comment conjuguer tous ces talents ? Pour son premier album, Régis a fait un choix dépouillé, celui d'un duo avec le percussionniste David Mirandon. "Nous sommes allés l'un vers l'autre, je ne lui ai pas imposé le style malgache de percussions", explique-t-il. Les compositions sont les siennes propres, celles d'un jeune artiste du monde aux goûts éclectiques - et non pas le répertoire traditionnel. Tuléar, 1971. Dans une case du quartier de Mahavatse, un groupe de gamins armés d'instruments de fortune, interprète des chansons entendues à la radio - variété française ou américaine, musique sud-africaine ou mozambicaine, au gré des ondes qui atteignent cette contrée oubliée, à l'extrême sud-ouest de Madagascar. Dans une case, voisine, une femme est en transe. Entourée de parents, elle est en proie aux caprices d'esprits qui la secouent et la transfigurent. Tout à coup, elle perçoit le son de l'accordéon derrière le mur, et la voilà prise d'une frénésie de danse. L'accordéon, c'est par excellence l'instrument de la transe ; dans cette région les accordéonistes sont de tous les rituels, de toutes les fêtes. Vite, on envoie chercher le musicien providentiel. Surprise: c'est un enfant de douze ans, Régis Gizavo, qui s'enfuit à la vue de la femme possédée! On le rattrape et on le ramène de force. Il jouera les yeux fermés, terrifié, mais parviendra peu à peu à calmer les esprits et à délivrer la femme. L'ambivalence du talent de Régis Gizavo est toute entière dans cette anecdote. Fils d'un instituteur aux idées modernes, qui jouait de l'accordéon musette et l'enseigna à cinq de ses treize enfants, Régis a poursuivi des études de gestion jusqu'en faculté, et pratiqué toutes sortes de genres musicaux dans son île et en Europe, où il réside depuis 90. Mais dans son ethnie Vezo (pêcheurs de la côte sud-ouest malgache), et dans toutes celles qui peuplent la région de Tuléar (Masikoro, Mahafaly...), l'accordéon a une connotation religieuse trop puissante pour que Régis n'en soit pas, quelque part, imprégné. Tous les étés, il retournait au village de sa mère, Tampolo, de l'autre coté du fleuve Mangoky, où il écoutait jouer les accordéonistes traditionnels et s'il n’a pas appris les musiques de transe, il a grandi dans leurs pulsions, et leur groove lancinant vient naturellement sous ses doigts. Sa première formation sera celle des Flibustiers, un groupe qui anime les soirées locales. Lorsqu'il les quitte pour se remettre à ses études, il a à peine quinze ans. Puis, il est embauché par un groupe plus professionnel, les Sailors, qui accompagne la chanteuse Angeline en concert et à la radio. L'accordéon appartient au patron, comme c'est souvent le cas à Madagascar; Régis n'aura son propre instrument qu'en 90. A vingt cinq ans, après les études, il entreprend un périple à travers l'île qui lui permettra de jouer avec de nombreux musiciens traditionnels et modernes. Dès 89 il a commencé à enregistrer ses propres compositions avec Landy, une chanteuse de Tuléar installée à Tananarive. Il fonde aussi le groupe Jihé avec le guitariste D'Gary, qu'il connaît depuis Tuléar. En 1990, lauréat du concours musical "Découvertes" organisé par Radio France Internationale, Régis débarque en Europe où le milieu musical lui fait un accueil chaleureux et l'encourage à tenter une carrière internationale (Manu Dibango, Ray Lema, Geoffrey Oryema, Lokua Kanza...). Le batteur Francis Lassus l'invite dans Bohé Combo, le groupe qu'il est en train de monter. Régis accompagne Graeme Allwright, joue sur les albums de Zao, Higelin, Les Têtes Brûlées, etc. et retrouve épisodiquement son vieil ami D'Gary et le groupe Jihé. En 93 il devient l'accordéoniste attitré d'l Muvrini, en remplacement du jazzman Daniel Mille. Les quelques 300 concerts et sessions assurés en deux ans à leurs cotés ne l'empêchent pas de travailler à son premier album solo, qu'il enregistre autour de Noël 95. Le challenge du second, Samy Olombelo, fut d’intégrer une guitare basse dans des titres comme Aia Roze, alors que jusqu’ici, il jouait les lignes de basse à l’accordéon. « Les miennes n’ont pas d’attaque, dit-il, et cela me manquait. J’ai dû travailler la main gauche en complicité avec la guitare basse, pour que les deux ne se heurtent pas ». Régis avait aussi la nostalgie des harmonies vocales, dont il est privé lorsqu’il se produit en duo : en studio, il s’en est donné à cœur joie… Au final, il nous offre deux albums de vraies chansons, au charme populaire mais à la facture savante, avec cette touche d'exultation si particulière à sa tradition.
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Pays: France
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