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Ballaké est un des meilleurs joueurs de kora de la nouvelle génération. Une virtuosité évidente mêlée à une exigence rythmique affirmée de son trio, composé avec deux jeunes improvisateurs au n'goni et au balafon. Une vertu et une sérénité de maître, servant ses duos avec Toumani Diabaté et, on se souvient, le projet avec le blues man Taj Mahal.
Le soliste est aussi compositeur et nous propose ici un album pensé comme une trilogie: un premier acte autour de la kora seule, dont la rencontre entre celle de Toumani Diabaté et la sienne, un deuxième avec son trio innovant sur des accords singuliers, et un troisième invitant les voix quiètes d'Alboulkadri Barry et de Rokia Traoré ainsi que l'énergie puissante du violon monocorde de Fanga Diawara, soliste de l'Ensemble Instrumental National du Mali. Ballaké nous conduit vers un Mali grandi par ses cultures, version 2005!
Crédit Photo : Benoît Peverelli
En Afrique, bien des instruments de musique sont menacés au même titre que tant d’espèces animales ou végétales. Ce n’est pas le cas sur l’immense territoire de l’ancien empire mandingue, qui englobe la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mali et de vastes régions du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Grace aux griots, cette caste de chanteurs, de conteurs et de musiciens qu’on appelle là-bas les «djeli», les instruments mandingues vivent une vraie renaissance. Entre autres, les luths et harpes ancestrales résistent magnifiquement à la concurrence de la guitare…
UN HÉRITIER AUTODIDACTE Parmi ces harpes, la plus célèbre est la «kora», harpe en calebasse à chevalet et à 21 cordes : « sept pour le passé, sept pour le présent, sept pour le futur », dit la légende. Ballaké Sissoko a résolument choisi le futur, comme son ami et cousin Toumani Diabaté. Tous deux appartiennent à de fameuses familles de « djeli » (griots) installées au Mali mais originaires de Gambie. Si la Guinée-Bissau est considérée comme le berceau de la kora, la Gambie est depuis un siècle le vivier où se sont épanouis ses plus grands virtuoses. Ballaké et Toumani sont les fils de deux géants de la kora, Djelimady Sissoko et Sidiki Diabaté, qui participèrent en 1971 au disque le plus célèbre de l’histoire de cet instrument : «Cordes Anciennes». Djelimady et Sidiki étaient deux piliers du prestigieux Ensemble Instrumental du Mali dirigé par le grand Keletigui Diabaté, dont le fils Fassély est l’inamovible partenaire de Ballaké au balafon… Curieusement, malgré son « pedigree », Ballaké est avant tout un autodidacte : «Des deux côtés paternel et maternel, la kora a toujours été l’instrument familial, mais mon père ne voulait pas que je sois musicien. Comme je suis l’aîné des garçons parmi une trentaine d’enfants, il préférait que je sois avocat ou fonctionnaire. J’ai appris à jouer en cachette pendant que mon père partait aux répétitions, j’avais dérobé la clef de sa chambre où il planquait ses koras…A sa mort en 1981 je n’avais que 13 ans, mais j’ai pris sa relève… En 1999, Ballaké et Toumani ont à leur tour gravé ensemble « Nouvelles Cordes Anciennes » (Hannibal-Ryko / harmonia mundi), disque qui les a imposés à la fois comme les héritiers de la plus pure tradition et les chefs de file d’une nouvelle vague de koraïstes virtuoses.
UN ALBUM DÉDIÉ A TOUT LE TERROIR MALIEN L’un des sommets de « Toumora » est un nouveau duo instrumental qui les réunit, « Kanou ». Selon Ballaké, «ce mot désigne à la fois l’amitié, l’amour, la fraternité et surtout la liberté de se parler à cœur ouvert. Avec Toumani, nous avons grandi ensemble et nous n’avons aucun secret l’un pour l’autre. » Le morceau qui donne son titre à l’album, « Toumora », a pour Ballaké un sens très symbolique : « C’est le morceau-fétiche de mon trio régulier de Bamako. Toumora est à la fois le nom d’un accord de la kora, et celui d’un village où j’ai joué un soir en pleine brousse pour un mariage. Il n’y avait pas de courant, on avait allumé des bouts de vieux habits dans des boites de pétrole, tout le monde était assis par terre dans la cour, et c’était très génial. J’ai voulu recréer dans tout ce disque l’ambiance chaleureuse de ces fêtes griotiques. » Le premier album de Ballaké pour Indigo/Label Bleu, « Deli » (2000) était entièrement consacré au répertoire mandingue. Celui-ci est un voyage à travers les styles d’autres ethnies du Mali et des pays voisins : « Sy » est un hommage à un ami Peul…«Yaro » («L’homme veut danser») évoque les fêtes des Bobo et Samogo de la région de Segou : ils dansent au son du tambour d’aisselle «tama», sans aucun instrument mélodique. J’ai tenté d’inventer une mélodie qui s’y adapte…« Handarezo » et «Berekoi » sont des chants des Songhaï dédiés à des étoiles. J’en ai fait des chansons d’amour adressées au ciel. Le chanteur, Alboukadri Barry, est Peul mais il a grandi à Niafunké, le village d’Ali Farka Touré en plein pays songhai…Tanga Diawara est l’un des meilleurs joueurs de « sokou », la vièle monocorde. Il a travaillé trente ans avec mon père et j’étais très fier qu’il accepte de sortir de sa retraite pour cet album…«Berekolan » est le nom du village de Guinée-Bissau où serait née la kora. C’est donc un hommage aux anciens, où je joue de façon plus traditionnelle. « Koungo », c’est la brousse, la nature. Je me promenais derrière Segou et j’ai été émerveillé par les chants des oiseaux et des sources, qui m’ont inspiré cette mélodie… « Lajidan » («L’adjudant») : au temps de la colonisation, quand on recrutait les hommes pour partir à la guerre on les faisait danser sur ce morceau ! Mon père le jouait sur un tempo incroyablement rapide. J’ai préféré le ralentir… » L’une des grandes surprises de cet album est la magnifique intervention de Rokia Traoré sur «Ni Mandon» : «C’est moi qui ai voulu l’inviter, car je l’admire beaucoup. Elle n’est pas griote, et je ne voulais pas forcément faire avec elle un morceau griotique. Je lui ai simplement demandé d’écrire une de ces belles chansons dont elle a le secret. Mais en l’écoutant, j’ai découvert qu’elle peut aussi vraiment chanter dans le style des grandes cantatrices mandingues. Griots ou non, ce qui distingue notre génération, c’est que les anciens privilégiaient toujours les traditions. Nous, nous les respectons, mais nous jouons avant tout nos émotions. »
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Pays: France
Nom: Corinne Serres / Mad Minute Music
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