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Comme chacun sait, le jazz est une musique d’ambiance. Non pas une musique d'ascenseur, mais un véritable créateur d'univers, capable de dessiner des personnages sonores et de les mettre en scène pour faire jaillir l’émotion. Après celle de Miles Davis (avec l’Ascenseur pour l’échafaud en 1957) ou celle de Duke Ellington (pour le fim d’Otto Preminger, Autopsie d’une meurtre, en 1959), l’œuvre de Rita Marcotulli, pianiste italienne accomplie, arrangeur et compositeur, en est la preuve : son hommage à Truffaut, The Woman Next Door (Label Bleu, 1997), est un film à lui tout seul. N.T.
Crédit Photo: D.R.
Rita Marcotulli est née à Rome en 1959. Elle étudie le piano dès son plus jeune âge au Conservatoire de Santa Cecilia . D’abord attirée par la musique brésilienne, elle se tourne vers le jazz à 20 ans… avec succès. Sa carrière démarre sur les chapeaux de roue. Dès le début des années 1980, elle a la chance de travailler avec le gotha du jazz européen : Chet Baker, John Christensen, Palle Danielsson, Peter Erskine, Steve Grossman, Joe Henderson, Hélène La Barriere, Joe Lovano, Charlie Mariano, Tony Oxley, Michel Portal, Enrico Rava, Michel Bénita, Aldo Romano, Kenny Wheeler... Son jeu intime, d’une grande profondeur, ainsi que ses arrangements subtils qui savent souligner une note et amplifier sa charge émotionnelle, lui permettent de multiplier les rencontres, en particulier avec les autres arts, comme le cinéma, pour lequel elle a beaucoup composé : « ma musique a évidemment été influencée par l'œuvre de nombreux grands musiciens : Thelonious Monk, Elis Regina, Bill Evans, John Coltrane, pour citer seulement certains d'entre eux. Mais, par-delà le monde des sons, elle a été influencée par tant d'autres expériences artistiques, littéraires, visuelles, et naturellement cinématographiques. En particulier, j'ai toujours éprouvé de fortes affinités entre le monde poétique que je cherchais à exprimer et celui d'un des cinéastes les plus pointus de tous les temps, François Truffaut. La nostalgie de l’enfance, la vocation pour la fugue, le respect de la timidité, l’ambiguïté de l’amour, le sens de la vie qui passe, le conflit entre innocence et expérience traversent toute la filmographie de Truffaut, et les mêmes sentiments se tiennent souvent derrière les notes de mes compositions et de mes improvisations ». Avec The Woman next Door, qu’elle enregistre en 1997, jamais le cinéma de Truffaut n’aura connu plus bel hommage. La pianiste italienne est également attirée par la danse. Sa façon d’habiter l’espace, de dessiner des volumes sonores comme de véritables personnages séduiront notamment les chorégraphes Roberta Garrisson et Teri J.Weikel. Avec Rita Marcotulli, le jazz révèle sa capacité à s’ancrer dans les corps, à investir un lieu, pour créer une ambiance qui emporte le public dans un univers plein de sentiments.
Voir : Enrico Rava ; Aldo Romano ; Pietro Tonolo ; Henri Texier ; Michel Portal.
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