A bientôt 70 ans, Antoine Moundanda est I'une des figures marquantes de la musique africaine et plus particulièrement de la scène congolaise... Chanteur, compositeur, il joue du Kisansi, plus connu sous le nom de Sanza (instrument traditionnel composé de lames de fer fixées sur une caisse de bois creux).
Dès 1955, une carrière internationale s'ouvre à Antoine Moundanda. Sanza en main, il sillonne les quatre coins de la planète, tantôt en solo, tantôt accompagné par d'autres artistes. Perfectionniste, résolument moderne, il a donné une autre dimension à cet instrument traditionnel, en le portant de 9 à 22 lames. Chanteur d'exception, compositeur inspiré, Antoine Moundanda est un des créateurs de la rumba, I'un des pères fondateurs de toute la musique moderne zaïro-congolaise.

Crédit Photo : Catherine Millet.


Avril 1997. Abidjan. Un flot de rythmes chaloupés envahit la scène du 3ème MASA (Marché des Arts et Spectacles Africains). De chansons en chansons, le trio Likembé Géant et son virtuose du «piano à pouces» libèrent tous les arômes sonores qui ont fait l’âge d’or de la musique du Lingala : rumba, guaracha, beguine, cha cha cha… Alors qu’il approche de son soixante-dixième anniversaire, Antoine Moudanda – un des pionniers les plus emblématiques de la musique congolaise – mène la danse et emmène ses acolytes Papa Kourant et Albert Mahela dans la transe. Il pince, caresse, astique les petites tiges de métal de son Likembé, tente quelques riffs héroïques, casse le rythme, pour mieux faire sonner la vibrante chaleur de son instrument. Au moment où le grand-père glorieux quitte la scène, la foule reste debout, sous le charme. A la suite de ce concert mémorable et d’un repos bien mérité, les musiciens du Likembé Géant enregistre leur premier CD à Abidjan. Un album à l’image du likembé, l’instrument des voyageurs qui honorent leurs hôtes par une anthologie fabuleuse de leur immense répertoire. Cet enregistrement est également une pièce indispensable pour les collectionneurs des disques d’Antoine Moundanda, un auteur prolifique né en 1928 dans la région du Kilouimba (Congo), véritable encyclopédie vivanye de la musique congolaise et zaïroise.
«J’ai appris la musique en jouant du Kisani, l’ancêtre du Likembé, en accompagnant mon père dans son travail de guérisseur. Pendant qu’il soignait les malades, je jouais de la musique pour chasser les mauvais esprits et calmer les gens. Après sa mort, je suis allé à Brazzaville où j’ai travaillé pour la première fois, dans la famille d’un ingénieur sénégalais. A cette époque, sous le joug de la colonisation française et belge, l’industrialisation de Brazzaville et de Léopoldville battait son plein. De nombreuses usines fleurissaient des deux côtés de la rivière, ainsi que des nights clubs, comme le « Congo Bar », où se produisait Paul Kamba et son « Victoria Brazza Orchestra ». Kamba m’a poussé à devenir professionnel et à créer le Likembé Géant au début des années 50. Avec ce groupe, nous avons enregistré une trentaine d’albums pour le label Ngoma, dont plusieurs ont remporté le prix Osborn, notamment parce que nous avions introduit le Likembé dans la musique congolaise moderne. Nous jouions de la polka, du djebola, de la rumba et des thèmes traditionnels… résolument inspirés de notre folklore régional. Nous avons eu beaucoup de succès. Par exemple, lors de l’inauguration d’un bar-restaurant à Bangui le 31 décembre 1954, le public nous a préféré au Jazz africain de Kabelese ! C’est nous qui avons eu le privilège de faire danser les gens toute la soirée. Consternés, Kabelese et son groupe sont partis avant la fin de la nuit ! Mais à la fin des années 50, tout a commencé à changer. Le public ne s’intéressait plus à nous. Il préférait aller écouter de la variété et de la guitare électrique : O.K Jazz, Les Bantous, Tapu Ley, des choses comme ça… Le studio de Ngoma ferma ses portes. Après, il y a eu l’indépendance et Papa Kourant et moi, nous nous sommes retrouvés isolés. Nous avons dû retourner dans la jungle ! Des années de souffrance s’en sont suivies jusqu’en 1967 où nous avons remporté le premier prix au premier Festival des Arts Noirs de Dakar. Après, la chance aidant, on a pu travailler avec le Ballet National Congolais et collaboré avec le théâtre Sony Labou Tansi’s Rocado Zulu. Aujourd’hui, si le public veut redécouvrir son amour pour la musique acoustique, il peut compter sur nous.»

Francis Gay.


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