MASA 97 et MASA 99 sont deux compilations des concerts qui ont eu lieu au Marché des Arts du Spectacle Africain en 1997 et en 1999, et qui rassemblent les meilleurs musiciens africains.

Voir aussi : Indigo Africa ; The world of Indigo ; Indigo Tropical ; Urban Highlights.

Crédit Photo: D.R.


Depuis le début du siècle la musique africaine, via le disque, la radio, l'électrification des instruments, n'a cessé d'inventer de nouveaux idiomes. Elle I'a fait en prenant appui sur le patrimoine, ses spécificités locales ou régionales, et en y intégrant des apports extérieurs redevables aux colonisations, immigrations, exodes ruraux, influences des médias internationaux.
C'est au tournant des années soixante, quand sonne I'heure des indépendances, que, mettant ses pas dans I'actualité, la musique africaine précise son rôle, ses virtualités, et prouve que son action est essentielle dans I'affirmation des identités nationales. Tout un symbole : Joseph Kabaselé, I'auteur du mythique Indépendance cha cha était un ami de Patrice Lumumba.
Au milieu des années soixante-dix, bien que beaucoup d'artistes africains aient dans le passé joué les ambassadeurs de par le monde, la musique africaine commence à s'exporter dans des proportions considérables. Ce phénomène, induit par I'existence d'une francophonie active dont l'épicentre est Paris, alors fabuleuse concentration de musiciens africains, donne naissance à une « vague africaine » (Touré Kunda, Manu Dibango, Salif Keita, Alpha Blondy, Youssou N'Dour, Angélique Kidjo, Mory Kanté, Papa Wemba et consorts) qui essaime dans toute l'Europe mais, également, à Tokyo, New York ou Sydney. Un mouvement aux effets économiques importants qui conforte les musiciens et les chanteurs africains dans I'idée qu'il serait temps d'enraciner leur création au pays s'ils ne veulent pas faire perdurer le fameux échange inégal. D'où, ces dernières années, une germination au Sud de studios, salles de concerts, labels, réseaux de professionnel, d'associations d'auteurs, qui sont autant de raisons d'optimisme.
Né en 1993, le MASA (Marché des Arts du Spectacle Africain) a pris en compte cette réalité en devenir et I'a accompagnée. Alors que la première édition avait pour ambition d'être une vitrine pluridisciplinaire de la créativité africaine, la seconde a insisté sur I'auto-organisation du milieu culturel et la troisième, en « africanisant » la manifestation à partir d’Abidjan, a exprimé le souci de coller davantage encore aux attentes des acteurs de terrain : professionnalisation accrue, émergence de structures de productions, renforcement des échanges entre des aires linguistiques différentes comme I'après-Apartheid en a souligné le besoin, plus grande implication des Etats pour lutter contre certains fléaux endémiques, comme la piraterie ou la mauvaise perception des droits d'auteurs. De fait, le MASA est devenu le seul marché des Arts du Spectacle Africain ouvert à toute I’Afrique, qu'elle soit francophone, lusophone, anglophone, hispanophone, arabophone, berbérophone etc...

Le MASA 97 :

Ce double CD, témoignage de la 3ème édition - qui présente les 26 groupes sélectionnés lors du MASA 98 et 3 groupes du MASA OFF, illustre la volonté des organisateurs et de leurs soutiens (Agence de la Francophonie, UNESCO), de faire de cette manifestation un véritable rendez-vous « PanAfricain ».
Vis-à-vis de ces enjeux, cette compilation est une assez juste photographie de la Babel musicale africaine en quête d'exportation. L'auditeur pourra y découvrir à la fois des figures emblématiques à I'instar de Dolly Rathebe, Boubacar Traore, Antoine Moundanda, et des représentants de la toute dernière génération comme Cyrille Effala, Fantani Toure ou les Frères Guisse. II verra que, si la francophonie se chante en lingala, bambara ou dans la langue de Molière, elle joue aussi la carte de l'ouverture aux autres langues d'usage de l'Afrique, ainsi qu'à I'anglais, au portugais, etc... Et constatera qu'une référence stylistique forte aux traditions n'est en rien contradictoire avec les langages contemporains comme le prouvent brillamment le Panafrican Orchestra, Jaojoby ou Oliver Mutukudzi. Car, n'en déplaise aux chantres d'une « world music » réductrice aux canons du Nord, la musique africaine est fondamentalement composite. Née de foyers musicaux dissemblables, elle épouse un spectre qui va de I'ethnique le plus sophistiqué dans sa codification, comme les Trogode Banda Linda nous le démontrent, à une création hybride qui acclimate à ses imaginaires les propositions acoustiques de la planète. Jubilante et hétérodoxe, la musique africaine se joue en effet des influences pop, jazz, rock, soukouss, m'balax ou jive. Elle accompagne thématiques rituelles, engagées, distractives ou concertistes. Elle s'organise en solo, orchestres, polyphonies ou big-bands. Elle reste intimement liée à un usage social. Les artistes les plus renommés du continent, où qu'ils jouent, se sentent ainsi dépositaires d'un sentiment collectif resté au pays.

Frank Tenaille.


Le MASA 99

Plus qu'une simple compilation, ce deuxième album consacré aux Musiques Africaines d'aujourd'hui -et qui présente la sélection officielle des groupes ayant participé au 4ème MASA d'Abidjan (Marché des Arts du Spectacle Africain) -est une nouvelle série de photographies sonores (souvent inédites), qui illustrent divers aspects de la création musicale d'un continent en plein bouillonnement culturel et en constante évolution. Des musiques traditionnelles vivantes (enregistrées pour la plupart au Studio JBZ d'Abidjan), des instrumentistes surdoués, des voix légendaires, des jeunes talents bourrés d'énergie, des ambianceurs, des poètes, des troubadours; I'Afrique fait entendre ici sa différence et l'universalité de son message.


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