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Pianiste, il est l’un des jazzmen les plus inventifs de sa génération. Les doigts sont pleins et souples, sans fragilité. Sur le piano, ils se fondent avec le clavier, affectueux, ou l’attaquent de près pour donner la couleur. Jean-Marie Machado, le latin, prend la musique à pleines mains. Reconnu comme l’un des musiciens les plus imaginatifs du nouveau jazz français, il a pourtant la simplicité vivante d’un jeune homme de trente-trois ans qui récolte ce qu’il a semé.
Guy Le Querrec © Magnum
Jean-Marie Machado est un travailleur qui cherche le naturel, une légèreté bien plantée. De son enfance au Maroc, il a conservé l’évidence : le piano au centre du foyer. Entre les disques classiques, la guitare de son père et le chant de sa mère, les racines portugaises de l’un, italiennes et juives espagnoles de l’autre, Jean-Marie n'a rien choisi, rien renié et brasse tout. Le généreux n’est pas homme de rupture. Il pianote dès son plus jeune âge, se voit à l’adolescence en star de pop-musique et rêve de tournées joyeuses dans un bus déglingué. II a dix ans quand ses parents émigrent en France. Deux ans plus tard, il entame des études classiques. A dix-sept ans, il décide de se consacrer entièrement à la musique et trouve, en la pianiste Catherine Collard, le professeur qui lui donne la technique et la patience. Itinéraire simple d’un passionné "modérément doué" (c'est lui qui le dit!). Entre Schumann et Brahms, Jean-Marie Machado continue d'improviser, de se nourrir de toutes les musiques - Ravel, Thelonius Monk, les Beatles, ...- et de composer. Notre homme n'est pas prêt aux exclusions et cherche sa voie en dehors de celle toute tracée des grands concertos. Au conservatoire, on n’admet pas le fait d’aimer tout autant les splendeurs de Debussy qu’une basse reggae : l’apprenti compositeur est deux fois refusé en classe d’écriture à Paris. Qu’à cela ne tienne : l’instinctif n’a que faire des diplômes et travaille dans sa veine, chaque matin réveillé par un petit moteur d’énergie qu’il continue de sentir au niveau du sternum. Il ne se soucie pas de ce qui restera, il essaye. Machado, c'est la mobilité qui ne craint pas de répéter un thème, de marteler un rythme, de ressasser une note, d’enrichir toujours plus : il avance en spirale. Vers 1985, il décide "parce que c'est une forme difficile", de jouer en trio. Là encore, il cherche, tâtonne, puis trouve finalement, en François et Louis Moutin, la contrebasse et la batterie qui s'accordent à son piano. Le trio Machado est né il y a sept ans. Des dizaines de concerts et deux disques plus tard, on le salue comme l’un des plus riches de sa génération. Avec les frères Moutin, Jean-Marie Machado construit son discours musical dans la rigueur et la liberté : le son est plein, les improvisations inventives, les lignes élégantes, qui s'entrecroisent souplement entre les instruments. Le charme n'est jamais dans la seule volubilité. "Jean-Marie recherche la sincérité et refuse la facilité", résume Louis, le batteur. Le jazz, avec ces trois-là, prend le goût fin et épicé d’un grand plat et surprend le gourmet - "Mais qu'est-ce que tu m'as mis dedans ?"- qui se laisse finalement emporter par l’indéfinissable, après avoir reconnu des réminiscences de Bill Evans, un thème de Bach, une harmonie stravinskienne, un rythme funk. Impossible d'étiqueter définitivement notre sage musicien aux boucles folles. Improvisateur, il est aussi compositeur. Sportif, on le dirait « complet », qui cherche à marier son art aux autres (à la voix, à la danse... Dans son disque, avec Nana Vasconcelos, il dirige un orchestre de douze instruments), se laisse séduire par les cordes, graves de préférence : celles des violoncelles et celles du piano, encore, qu’il pince, frotte et frappe comme des percussions, avec toujours la même sensualité sonore. Six ans professeur au conservatoire, Jean-Marie Machado continue d'installer son piano à l’école, en maternelle surtout, où il accompagne des conteurs. Pour lui, c'est aussi important que de composer un quatuor. Il a un projet simple : ramener la musique à la maison, au centre du foyer où trônait le piano qui l’a vu naître.
(Catherine Portevin - TELERAMA).
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