Le Kamale ngoni est un instrument moderne créé il y a une vingtaine d’années par des chasseurs rebelles du Wassolou (Mali). Brutal, bourré d’émotion, il retrouve ici le son de ses origines rebelles.
Le trio Aliou Fané / Daouda Sangaré / Djuru Diallo symbolise un attachement féroce aux racines, en même temps qu’une grande liberté créatrice.

Crédit Photo: D.R.


Dans tout le Mali, les chasseurs (« douzou ») ont un statut à part. Leur confrérie se situe au-dessus des clivages d’ethnie, de caste, de religion. Elle est la plus vieille institution traditionnelle du Mali. La musique se réduit généralement à deux instruments, le karignan (ferraille raclée), et le douzou ngoni (« ngoni des chasseurs », à trois cordes) qui accompagne les chants de la lancinante répétition de ses trois notes. Une flûte peut s’ajouter à ces instruments. La fonction des chants est principalement de rassurer et d’encourager les membres de l’expédition en ces longues soirées en brousse, sans le moindre abri ni protection.
C’est au tout début des années 70 qu’apparaît une version « profane » du douzou ngoni. Qui en a eu l’idée le premier ? L’histoire a retenu plusieurs noms : Alata Broulaye, Fadougou Seydou, Yacouba Koné, Satigui Sidibé… Une chose est sûre : ils sont tous très jeunes, ont envie de s’amuser. Les soirs de lune et dans les « boums » villageoises, ils ont tenté d’utiliser le douzou ngoni pour faire danser les copines, mais les chasseurs les ont accusés de désacraliser un instrument réservé aux initiés mâles et aux sages héros. Alors ils ont construit un instrument semblable, mais avec un accord différent. Tout ne se passe pas sans heurts. Satigui Sidibé, dix-neuf ans à l’époque, est exclu pour un an de la confrérie des chasseurs, puis on le réintègre. Yoro Diallo se souvient avoir été victime de mauvais sorts, avoir eu plusieurs instruments successifs réduits en pièces par ses parents…
Dans les années 80, juste retour des choses : le Kamale ngoni devient l’emblème de la nouvelle mouvance qui tente de secouer la mentalité néo-coloniale. On rejette la langue des griots, leurs éternelles louanges à une élite corrompue. Les textes de la musique du Wassalou sont plus près des gens, le son rouillé et brutal du kamale ngoni exprime une esthétique rebelle, proche de la terre, des bidonvilles. Dans les studios, on s’arrache les virtuoses de kamale ngoni, qui deviennent les « guitar heros » du « rock » wassalou.
Dès la fin des années 80, ce succès va amener un abâtardissement du genre, avec l’irruption de synthés et de rythmiques programmées. Retrouver la dimension acoustique et restituer dans sa splendeur rouillée le son des chasseurs rebelles est la vocation du présent enregistrement.

Voir aussi :
Djelimady Tounkara ; Super Rail Band de Bamako ; Rokia Traore ; Ballaké Sissoko ; Boubacar Traore.


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