Jaojoby est l’un des fondateurs du salegy, et sans aucun doute son interprète le plus renommé. Il revient avec un troisième album pour Indigo, Aza Ariano, toujours sous la direction de Hervé Romagny.
Machine à rythmes implacables, ouragan de sons à l’appel lancinant, Eusèbe Jaojoby est le roi de la musique populaire urbaine de l’Ile Rouge.
En plusieurs dizaines d’années, le salegy est devenu le symbole de la fête, une danse où les corps s’embrasent au milieu d’une tornade musicale.
A 40 ans passés, Jaojoby a conçu le style national, un mélange d’instrumentation occidentale, d’anciennes mélodies insulaires et de rythmes locaux, portant à merveille les voix de Jaojoby et de ses choristes. Quant aux textes, ce sont, pour la plupart, des compositions du chanteur, fraîches et torrides à la fois, traitant de la réalité malgache et surtout, de l’amour, chacune constituant une véritable ode à la vie.

Crédit Photo: Patrice Millet


A Madagascar, le salegy est I'une des musiques les plus dansantes de I'époque moderne, et Jaojoby est son roi. Né à I'époque de la pop (fin des années 60), c'est une musique électrique, mais qui ne doit rien à l'Occident. Un rythme ternaire, original, puissant, entraîne les danseurs dans sa spirale; les instrumentations sont fines, inspirées de la tradition. Jaojoby est I'un des fondateurs du salegy, et son interprète le plus renommé. Cet album, enregistré dans le meilleur studio de Tananarive, se veut une surprise pour les mélomanes et une fête pour les danseurs.
L'origine du salegy remonte au moins au quinzième siècle, à I'aube du peuplement de Madagascar. Le rythme, un six-huit rapide, est arrivé au Sud-Est de I'île (région de Fort Dauphin) avec les premiers occupants, pour se déplacer avec eux vers le Sud-Ouest, puis le Nord. Dans chaque région, il a un nom particulier, tuska dans le sud, bassessa dans I'est... mais c'est fondamentalement le même, avec des variantes imperceptibles à qui n'est pas du pays. Aussi est-il devenu le symbole de la musique malgache, pourtant très variée. Le mot salegy lui-même date des années 60. II serait d'origine indonésienne et désigne une musique nouvelle, électrique, imaginée par certains guitaristes au confluent de la variété et de la tradition. Au début des années 70, Jaojoby sera I'un des tout premiers à chanter le salegy, jusqu'alors limité à quelques enregistrements instrumentaux. Eusèbe Jaojoby descend de plusieurs groupes ethniques (St Mariens, Betanimena, Antimarua, Tsimihety, Makua), mais chez lui le type africain domine, comme chez la plupart des côtiers. Il est né en 1955 à Amboangibe, près de Sambava, au Nord-Ouest de I'île. Fils aîné d'une famille de treize enfants, catholiques fervents, il apprend à chanter à I'église, où son grand oncle tenait I'harmonium. A I'age de quinze ans, il part à Diego Suarez continuer ses études ; mais un mois à peine après son arrivée, il gagne un radio-crochet et, tout en suivant I'école, il commence à chanter dans le night club local, "le Saïgonais", repaire d'anciens colons et d'expatriés. Ce n'est qu'en 75, lorsqu'il quitte le night club pour une formation plus jeune, les "Players", qu'il peut enfin jouer pour un public populaire et malgache. C'est avec eux, dans les villages et les fêtes, qu'il met au point ce qui va devenir le salegy d'aujourd'hui, une musique moderne mais roots, calquée sur les styles et instruments traditionnels "le chant, dit-il, est celui des gardiens de boeufs qui courent devant leurs troupeaux ; la guitare imite le jeu des grands maîtres de valiha; les claviers ont le feeling de I'accordéon traditionnel, et la basse est calquée sur le son de cinq gros tambours. Quant à la batterie, elle reproduit I'ambiance d'une foule malgache un jour de fête : battements de mains, maracas, pieds qui frappent le sol." Le groupe se dissout en 79. En 1980, Jaojoby part à Tananarive faire des études de sociologie, mais embraye très vite sur la musique; il chante au bar du Hilton en compagnie de la famille Rabeson, les fameux jazzmen malgaches. Parallèlement, il fait une carrière de journaliste radio, qui le conduit en 84 à la tête du service d'information de Diego Suarez. Rappelé à Tananarive en 88, il y forme un nouveau groupe, qui remporte d'énormes succès. Un album enregistré en 87' Les maîtres du Salegy, a mis la danse à la mode, et Jaojoby est sacré "Roi du Salegy" par un quotidien local. Depuis, il s'est produit plusieurs fois pour la communauté malgache en France, a réalisé plusieurs cassettes. Quant au public "world music", il découvrira le salegy à I'occasion de la tournée 94 des festivals et des clubs. L’album Velono est le premier enregistré dans des conditions professionnelles, sous la direction artistique d'Hervé Romagny, talentueux guitariste de Ray Lema, qui connaît bien Jaojoby pour avoir rejoint son groupe en 86 et effectué avec lui une tournée de Madagascar. S’enchaînent alors, toujours sous la direction d’Hervé Romagny, l’album E Tiako, et plus récemment, Aza Ariano, tout juste sorti.


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