Toute l’œuvre d’André Hodeir est une interrogation sur les questions de l’écriture appliquées à un idiome, celui du jazz. Les réponses qu’il a apportées l’ont conduit à éliminer presque totalement l’improvisation véritable, pour lui substituer parfois une «improvisation simulée», c’est-à-dire une partie instrumentale entièrement écrite par le compositeur, dans le style de tel musicien improvisant.
Le résultat atteint dans Anna Livia Plurabelle semble apporter au moins deux enseignements : celui de sa couleur générale, très différente de l’original, et celui de sa résistance au temps, continuant de nous fasciner par toutes les ressources de sa conception et de son écriture. Alors que, dans l’intervalle, le paysage du jazz s’est transformé au moins deux ou trois fois, Anna Livia Plurabelle nous reste comme une œuvre, une œuvre véritable, dont les splendeurs intactes nous sont à nouveau révélées par cette renaissance.

Crédit Photo : D.R


Né à Paris en 1921, André Hodeir est venu à la musique dès l’âge de cinq ans. Il a connu le jazz peu avant la guerre, alors qu’il se destinait à une carrière de violoniste. Il entreprit ensuite des études de composition qu’il poursuivit de 1942 à 1947 au Conservatoire de Paris, où il obtint trois premiers prix. Pendant cette période, il jouait la nuit sous un pseudonyme dans des orchestres de jazz.
André Hodeir est de ces musiciens qui réfléchissent sur leur art. Ses premiers articles remontent à 1941. En 1947, il prend la direction de la revue Jazz Hot. Il publie en 1954 Hommes et Problèmes du Jazz, qui sera traduit en plusieurs langues et deviendra un classique du genre. En 1958, l’album Kenny Clarke Joue André Hodeir, enregistré à Paris, obtient le Grand Prix du Disque.
Après avoir consacré à la musique contemporaine un ouvrage, Since Debussy (1961), qui fit scandale aux Etats-Unis, André Hodeir a écrit de 1961 à 1968 son livre le plus personnel : Les Mondes du Jazz. Alors que depuis 1964, c’est en concert qu’il a fait entendre, à la tête de son orchestre, ses œuvres récentes, de Transplantation à Catalyse, Anna Livia Plurabelle a été composée en 1965-66 et enregistrée en 1966 à la Maison de la Radio. En raison de ses dimensions importantes, l’œuvre n’a été exécutée en public qu’en 1992. En 1976, André Hodeir enseigne la composition à l’Université de Harvard. Dans les années 80, il dirige un programme de recherches à l’IRCAM, et, en 1984, la Sacem lui décerne son Grand Prix.


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