Mince et taciturne, un pli amer au coin des lèvres, le regard lointain, Jean Gabin Fanovona dégage une impression de secret, et l’on soupçonne que la race de musicien à laquelle il appartient s’apparente à celle des sorciers. Pourtant, à Madagascar, c'est comme modernisateur de la musique antandroy que le leader de Vaovy est connu - et souvent pillé, car depuis vingt ans, tout le monde là-bas s'approprie sans états d'âme ses compositions et ses idées. Surprenante pour nous, sa musique ne l'est pas moins pour le milieu traditionnel dont il est issu.
Après Angira, le second album de Vaovy, Vamba, est le projet le plus abouti de Jean Gabin Fanovona. L’accordéon de Régis Gizavo, la guitare de Solo Razaf et l’harmonica de Vincent Bucher se mêlent au lokanza (violon traditionnel des Antandroy), aux percussions et aux somptueuses polyphonies vocales de cet ensemble unique et profondément original de la Grande Ile Rouge.

Crédit Photo: Thomas Dorn


Jean Gabin est de l’ethnie antandroy, le «peuple des épines», ainsi nommé parce qu’elle vit dans une région de cactées qui servent à la fois de nourriture à ses troupeaux et de protection contre les envahisseurs. L’origine des Antandroy, comme celle des autres ethnies malgaches, est assez floue. La légende veut que leur grand ancêtre, Raminia, soit venu d’Arabie entre le 5ème et le 7ème siècle, et l’on trouve effectivement dans la culture antandroy des traits hérités des Arabes, notamment les connaissances astrologiques et les techniques de divination. Mais au cours des siècles, la région qu’ils occupent a servi de refuge à d’autres populations fuyant les innombrables migrations et invasions, et il est impossible de définir un « type » ethnique antandroy. Leur culture, par contre, est bien différenciée des autres par suite de l’isolement. Chasseurs et éleveurs, les Antandroy ont, aujourd’hui encore, un mode de vie très dépouillé, ne se séparant jamais de la sagaie ou du bâton qui est l’emblème du guerrier, et respectant les codes d’une société traditionnelle très stricte. Les fêtes en particulier, avec leur musique, leur lutte, leurs danses, sont régies par une conception du monde originale, et liées au sacré : tout un univers encore parfaitement vivant et fonctionnel.
Mais depuis quelques années, un parasite a presque anéanti la flore de cactées, affamant bêtes et hommes et détruisant la barrière naturelle qui les protégeait depuis des siècles. L’introduction de ce parasite, que certains attribuent à une volonté criminelle, menace l’existence de cette communauté déjà rongée par les maladies (taux élevés de tuberculose…) et la malnutrition. L’appauvrissement général de l’île et les famines de ces dernières années ont jeté sur les routes des familles entières prêtes à vendre pour une bouchée de pain leurs biens les plus précieux, les bijoux d’argent qui sont leur protection et leur fierté. Dans ce contexte, la musique de Jean Gabin Fanovona devait fatalement prendre un tour nostalgique et rebelle.
Jean Gabin Fanovona : né le 23 août 1948 à Ambovombe, à la pointe sud de Madagascar, Jean Gabin Fanovona crée sa première formation en 1965, à l’âge de 17 ans : le Groupe Artistique de l’Androy (GM), pour lequel il compose, déjà, un répertoire original. En 1970 il est nommé chef d'une chorale protestante qui intègre les splendides harmonies vocales antandroy et assoit une renommée internationale, au point d'être invitée en tournée aux USA en 1972. Jean Gabin n'y participera pas : ce doux rebelle a été expulsé pour hérésie, car il a adapté la Bible à la cosmogonie locale, réécrivant la Genèse et assimilant le sceptre de Josué au bâton des guerriers antandroy! Dès 1974, il fonde Vaovy (le nom d'un bois dur endémique à Madagascar). C'est un groupe modernisé avec des instruments électriques, qui publiera jusqu'en 1984 cinq 45 tours, tous mémorables : Lahimora Ko lay, Androy tane Mileven-drano, Omeo Rano, Salakao et Talignere). En 1984 il revient à une formule traditionnelle, entièrement acoustique : chant, percussions, violon et harpe («marovan»), auxquels vient s'ajouter la danse guerrière des Antandroy (comparable à la lutte stylisée des pasteurs zoulous). Aujourd'hui, Vaovy se produit dans les deux formules, ajoutant selon les occasions une basse et des claviers à la formation acoustique de base (sept musiciens et danseurs). Sa renommée restera longtemps limitée au sud de Madagascar, car les hauts plateaux considèrent comme «sauvages» les musiques du Sud et ne s’y intéressent guère ; Vaovy ne donnera son premier concert à Tananarive qu'en 1994, lorsque la mode importée des «musiques du monde» aura suscité dans la capitale un intérêt pour les musiques de la côte.
Jean Gabin est avant tout un grand compositeur. Ses chansons sont toujours inspirées, portées par une vision musicale. Les orchestrations font intervenir des éléments tirés de la tradition antandroy, en particulier de très belles harmonies a capella et des sonorités vocales uniques. Le guitariste D'Gary remarque que certaines voix «bêlent» - une sorte de mimétisme, d'après lui, de ce peuple d’éleveurs. Les tambours et les percussions rythment les chants dans le style ternaire antandroy (ta ta tin ta ta). Mais les sons les plus étonnants proviennent du lokanga (violon traditionnel à trois cordes) et du marovany (harpe sur caisse).


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