Saxophoniste aux multiples facettes, c’est en trio qu’il impose incontestablement son talent. Inclassificable en constitue la preuve sonore des plus probantes, avec un mariage des plus réussis avec les percussions brésiliennes de Nana Vasconcelos et les claviers surprenants de Steve Lodder.
Ce trio imaginatif représente les nouvelles influences d’une musique contemporaine basée sur le jazz – un mélange de sons acoustiques et traditionnels, et de sons électroniques incisifs, de musiciens venus d’Europe et des Amériques, d’exubérance propre aux fêtes populaires et de rigueur de musique de chambre.

Crédit Photo : D.R


Andy Sheppard est considéré comme un des solistes majeurs du jazz européen. C’est lors d’un concours de nouveaux talents à Londres, en 1986, qu’il est parvenu à percer sur cette scène européenne, tout en ayant développé son art bien avant, dans des contextes variés, notamment lors d’un séjour en France qui se révéla fascinant grâce au groupe médiatique «Urban Sax», basé à Paris.
Il s’est rapidement imposé comme un compositeur original, écrivant tout autant pour des musiques de chambre ou des big bands, que ce soit pour la danse, le théâtre, la radio, la télévision ou le cinéma. Il a écrit par exemple, avec Steve Lodder, la musique atmosphérique des séries de la BBCTV, basées sur Peter Sellers. Il a enregistré pas moins de six albums en leader, sous son nom (pour Antilles/Island et Blue Note), et a fondé ses propres groupes, de tailles diverses, qu’il a emmené à travers le monde, de l’Afrique à l’Amérique du Sud, en passant par de lointaines contrées, telle la Mongolie.
Ne refusant aucune expérience et métissage, il a joué avec des musiciens aux horizons très variés, à l’image du violoniste indien Shankar, du guitariste folk rock John Martyn, du violoniste Alex Balanescu et de son quartet à cordes, ou encore l’imprévisible pianiste de free jazz Keith Tippett. Il a été, par ailleurs, invité en tant que soliste au sein des big bands de Carla Bley et de George Russell, ou encore, a collaboré avec le saxophoniste classique John Harle et l’orchestre de St John’s Smith Square, et avec la pianiste Joanna McGregor.
L’extraordinaire saxophoniste britannique s’est joint sur cet album au brésilien Nana Vasconcelos, le virtuose de la percussion, pour former un trio unique complété par les claviers acoustiques et électriques de son partenaire habituel, Steve Lodder. La musique qui jaillit de cette symbiose est d’une grande originalité, une alliance de fines mélodies et de brillantes improvisations jazz, sous-tendues par d’irrésistibles rythmes percussifs, flirtant avec un groove latin et funky.
C’est en juillet 1995 que Inclassificable voit le jour et enregistre pour Label Bleu : le groupe avait auparavant élaboré une partie de son répertoire au sein de la production de danse «Modern Living», dont la chorégraphie revenait à Jonathan Lunn, et dont certains morceaux du disque, mélodieux, spirituels et sophistiqués, ont été composés pour cette occasion. Le trio s’est, par ailleurs, assez rarement produit en concert, à l’exception des festivals de Skopje en Macédoine, d’Istanbul, d’Australie et de Norvège (Stavanger). L’enregistrement de Inclassificable s’est effectué après une semaine de concerts couronnée de succès au Ronnie Scott’s Club au mois d’octobre 1994, pendant laquelle le trio n’a pas ménagé le public du night-club, peu habitué à une musique aussi ambiguë et réfléchie, ne percevant leur message qu’à travers une implication et une musicophilie accomplies.

Voir :
George Russel ; Michel Bénita.


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