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Crédit Photo: Paolo Soriani
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Brillant, virtuose, spirituel, lyrique et cérébral dans la même note, riche de toutes les musiques qui font notre modernité (de la pop à la musique savante occidentale, du jazz dans tous ses états à la chanson…), le pianiste italien Stefano Bollani est un phénomène de technique, d’élégance et de musicalité. Non seulement l'un des musiciens les plus prometteurs de la jeune scène européenne, tous genres confondus. Mais l'une des quatre ou cinq personnalités apparues ces dernières années grâce à qui le jazz peut encore croire à son avenir. Il faut dire que, partenaire indispensable du trompettiste Enrico Rava depuis plus de dix ans maintenant, Bollani est un boulimique de travail, toujours en quête de nouveaux territoires à investir et explorer. Il suffit de considérer la poignée d’albums aussi variés qu’inspirés qu’il a déjà fait paraître sous son nom sur Label Bleu pour s’en convaincre : du « faux » solo habilement trafiqué en re-recordings et autres overdubs ("Smat Smat") à la Suite pour piano et orchestre d'inspiration néo-classique magistralement chahutée ("Concertone") ; du duo instantanée et télépathique avec Rava à l'évocation « oulipienne », en trio jazz classique, de l'univers poétique de Raymond Queneau ("Les Fleurs Bleues") — c’est un monde étonnamment profond, vaste et complexe qui progressivement se dessine, empruntant avec gourmandise à tous les registres, sans jamais pour autant perdre sa cohérence esthétique ni son identité sonore. Et ce n’est certes pas ce nouvel album, « I Visionari », dernier avatar en date de cet étourdissant éclectisme formel, qui viendra bouleverser l’idée que l’on se fait de ce jeune homme décidément béni des dieux : Stefano Bollani est un talent hors norme — et son irrésistible ascension ne fait que commencer…
Né à Milan en 1972, c’est à Florence où sa famille s’installe alors qu’il n’a que quelques mois, que le petit Stefano montre rapidement un goût prononcé pour la musique. Au piano dès l’âge de six ans, avec comme secrète ambition de « tutoyer » son dieu d’alors, le chanteur Adriano Celentano — Bollani intègre pour ses onze ans le prestigieux et rigoureux Conservatoire de Musique de Florence. Sous la férule sévère d’un maître entièrement dévoué à la musique germanique, Bollani s’initie à la grande tradition du piano classique et romantique, même si déjà ses goûts le portent naturellement vers la liberté harmonique et la légèreté mystérieuse d’une certaine modernité française (Debussy, Ravel, Satie, Milhaud…)et la fougue rythmique des compositeurs russes (Prokoviev). Sa personnalité s’affine encore lorsque, sensiblement à la même période, le jeune pianiste découvre la musique de Charlie Parker. Subjugué par l’infini des possibles qu’ouvre l’art de l’improvisation, il décide parallèlement à l’enseignement académique proposé au conservatoire de s’initier auprès de Luca Flores aux techniques et à l’esprit du jazz. Fasciné par une certaine virtuosité spectaculaire, ses premières amours vont aux grands maîtres du clavier bop des années 50 (Oscar Peterson, Horace Silver, Bud Powell) mais aussi à la rigueur toute pneumatique du piano stride — des influences encore perceptibles aujourd’hui. Gagnant rapidement en maturité, il n’a que quinze ans lorsqu’il commence à tenter sa chance comme sideman dans les clubs de Florence et des environs. Multipliant les rencontres, diversifiant encore son univers musical en intégrant les apports du free rock savant et progressif de Franck Zappa et King Krimson, Bollani ne vit désormais plus que pour la musique : sitôt obtenu son diplôme de « Maestro » au conservatoire le jeune pianiste (vingt ans à peine…) se lance résolument dans une carrière professionnelle. Pendant trois ans, il fait ses classes dans des orchestres de pop et de variété italienne, accompagnant aux claviers des vedettes populaires comme la chanteuse Laura Pausini ou le rapper Giovanotti. Une vie facile et un peu vaine qui aurait pu durer encore davantage si en 1996, Bollani n’avait fait la rencontre décisive d’Enrico Rava. Conscient d’être en présence d’un talent exceptionnel, le trompettiste lui conseille aussitôt de rompre avec le milieu de la variété pour intégrer sa formation. Bollani accepte. Sa vie comme sa carrière prennent d’un coup un cours nouveau.
Car dès lors tout s’enchaîne. Embarqué dans l’univers protéiforme de Rava, Bollani, sous l’influence de son nouveau mentor, s’ouvre peu à peu à des formes de jazz plus libres, passant au fil des semaines, des concerts et des tournées, du duo intimiste au quintet en passant par l’orchestre symphonique ; de climats maniéristes ressuscitant un certain « rêve de jazz » cool et lyrique à des rencontres exceptionnelles avec quelques légendes vivantes du free comme Han Bennink ou Gato Barbieri… Multipliant par ailleurs les rencontres en club avec des grands maîtres du jazz américain (Phil Woods, Lee Konitz, Pat Metheny…), jouant avec tout ce que le jazz italien compte de talents (de Franco d’Andrea à Paolo Fresu en passant par Stefano Di Battista ou Barbara Casini), s’enhardissant même dans des projets hybrides aux confins du tango (Richard Galliano) ou des musiques électroniques (Hector Zazou !) — Bollani devient rapidement une figure incontournable de la jeune scène transalpine. En 1998 il fonde son premier quintet, Orchestra del Titanic avec notamment Antonello Sallis à l’accordéon, enregistre un disque de chansons sur des poèmes de Fausto Maraini et gagne dans la foulée le prix de « meilleur jeune talent » décerné par la revue Musica Jazz. Une première consécration tant publique que critique qui le projette soudain sous les feux de la rampe. Il faut dire que le style singulier de Bollani, parvenu à maturité, séduit — mélange subtil de rigueur structurelle et d’humour distancié, de virtuosité savante et de lyrisme précieux. Enrico Rava notamment, interrogé sur les qualités exceptionnelles de son pianiste, parle alors sans ambiguïté de « phénomène », précisant : « C’est un véritable poète du clavier. Sa technique est l’une des plus incroyables qu’il m’ait été donné d’entendre. Chaque fois qu’il joue, il me surprend — et nous avons joué ensemble des centaines de fois. » On ne saurait rêver plus grand éloge, surtout de la part d’une figure historique de jazz européen. Salué dorénavant par la critique internationale comme l’un des pianistes les plus prometteurs de sa génération, Bollani, en plus de son intense collaboration avec Rava (dont pas moins d’une quinzaine de disques révèle l’extrême fécondité), franchit un nouveau cap dans sa carrière au tournant des années 2000 en signant avec Label Bleu pour une série de disques en leader. Paraissent alors coup sur coup « Les Fleurs Bleues » en trio avec Scott Colley à la basse et Clarence Penn à la batterie (2001), « Montreal Diary / B » en duo avec Rava (2002), « Smat Smat » en solo (2004) et « Concertone » avec l’Orchestra della Toscana (2005) — autant d’œuvres ambitieuses qui au-delà de leur grande diversité formelle, révélèrent un univers musical personnel extrêmement riche et cohérent, définitivement placé sous le signe du lyrisme, de la mélodie et du chant (le pianiste reconnaissant volontiers parmi ses influences en matière de phrasé, de grands chanteurs comme Franck Sinatra, Chet Baker ou Caetano Veloso), et entièrement fondé sur la tension continuelle entre une sophistication d’écriture hautement revendiquée et un désir non moins puissant de laisser libre cours à l’improvisation la plus débridée, jusqu’à mettre en péril le bel équilibre structurel si savamment élaboré.
Cette schizophrénie fondamentale entre le compositeur et le pianiste — au cœur assurément du génie musical de Bollani — on la retrouve à l’œuvre aujourd’hui dans ce nouvel album, « I Visionari », peut-être son projet le plus ambitieux et séduisant à ce jour. A la tête d’un nouveau quintet, résolument jazz dans son orchestration, composé de musiciens appartenant tous à la même génération et noués d’une forte amitié (le saxophoniste Mirko Guerini est un copain d’enfance !), Bollani invente une musique riche et précieuse, toujours accessible et mélodique au-delà de ses qualités structurelles évidentes. Dans un langage très ouvert et d’une suprême décontraction, empruntant tour à tour au jazz west-coast, à la musique de cartoon, à Mingus ou à la chanson, le quintet du jeune pianiste augmenté à l'occasion d'invités prestigieux (le violoniste Mark Feldman, le trompettiste Paolo Fresu ou encore la chanteuse Petra Magoni) signe un chef-d’œuvre de subtilité et de lyrisme distancié — propulsant définitivement Bollani, pianiste, chanteur, compositeur, arrangeur, leader, dans le cercle très restreint des musiciens d’avenir.
Contacts
Agent
Pays: France
Nom: Reno Di Matteo
Tél: 0145080000
Fax: 0145080333
E-mail: reno.dimatteo@wanadoo.fr
Site web: www.anteprimaproductions.com
Adresse: ANTEPRIMA
22 rue de Navarin
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