L’Italien aux longs cheveux cendrés et à la moustache dorénavant immuable nous laisse à chaque note percevoir toute l’étendue de son jeu passionné. Issu du bop, qui continue de l’inspirer, et vétéran des sulfureuses batailles du free pour y avoir fait quelques incursions décisives, la voix d’Enrico Rava déchire délicatement le ciel pour rejoindre les plus belles étoiles en la matière, celles de Miles et de Chet naturellement…
A la fois héritier et passeur, sans jamais se perdre dans la simple reproduction, il s’amuse sereinement des alternances souffle et silence, phrasé et mélodie, pour toucher à un lyrisme embrassant la pluralité des jazz et de ses amours.
PO.T


Crédit Photo : Guy Le Querrec © Magnum


Serait-ce parce qu'il est né dans une cité à l'histoire déchirée, — l'une des plus germaniques d'Italie (Trieste), qui fut "port franc" de l'empire autrichien puis "territoire libre", — et au milieu d'un été à suspense (le 20 août 1939), que la biographie musicale d'Enrico Rava semble avoir été traversée, hantée par la notion du double ? D’abord un frère, dont, vers 1949, la collection de disques devient l’instrument de son initiation au jazz. Huit ans plus tard, à Turin (où sa famille s’est installée), c’est un concert de Miles Davis qui le convainc d’oublier trombone et style dixieland pour se consacrer à la trompette et l’exploration des arcanes du bebop. Et puis Chet Baker, alors célébrissime (pour de bonnes et mauvaises raisons) dans la péninsule. Entre les deux trompettistes, le cœur de Rava ne balancera guère : il n’oubliera ni l’un ni l’autre et à divers moments de sa carrière rendra alternativement hommage à l’un et à l’autre — jusqu’à jouer en duo avec le fiancé de My Funny Valentine, puis dans son ombre (avec Paolo Fresu). Au terme d’une période de maturation et de jam-sessions, d’associations avec divers jazzmen italiens (dont en 1962 le contrebassiste Giorgio Buratti), son horizon s’élargit, il rencontre plusieurs musiciens étrangers en compagnie de qui le goût lui vient de l’aventure. Désormais ami et partenaire du saxophoniste argentin Gato Barbieri, il participe à diverses “expériences” avec de talentueux improvisateurs immigrés, dont le saxophoniste Steve Lacy, le trompettiste Don Cherry et le pianiste Mal Waldron. En 1966, une tournée avec Lacy, au sein d’un quartette complété par les Sud-Africains Johnny Dyani (contrebasse) et Louis Moholo (batterie) l’emmène à Buenos Aires où, à la suite d’un “incident” de parcours, le groupe fait un séjour forcé de plusieurs mois. Mais c’est aussi pour le jeune Italien le premier pas sur le continent américain : l’année suivante, il débarque à New York, en pleine mouvance “free”, fréquente les représentants du jazz le plus incandescent et, au sein ou dans les marges du collectif Jazz Composers’ Orchestra Association, collabore avec Carla Bley (qui plus tard fera appel à lui pour son "opéra" Escalator Over The Hill, Cecil Taylor, Roswell Rudd... Après une parenthèse italienne pendant laquelle il retrouve deux frères d’armes, le pianiste Franco D’Andrea et le contrebassiste Marcello Melis, et enregistre avec Lee Konitz, il s’installe à New York en 1969. Il y restera huit ans, s’y imposant comme une des “voix” les plus recherchées et bientôt comme leader d’un quartette. Fort de cette immersion étatsunienne, épisode décisif de sa traversée des diverses phases du jazz, le trompettiste — qui désormais, à l'instar de Davis, Baker, voire Art Farmer, utilise aussi le bugle, cuivre synonyme de feutré et suave -— revient en Europe en virtuose à la singularité incontestée. Et les labels européens s'ouvrent à ses inventions. D'abord, entre de nombreuses autres formules orchestrales, un quartette sans piano avec Rudd (trombone), Jean-François Jenny-Clark (contrebasse) et Aldo Romano (batterie), sorte de micro-fanfare au lyrisme paradoxal. “Lyrisme” : le mot est lâché qui va situer aussi bien le phrasé du souffleur que les mélodies qu'il écrit et, de plus en plus évident, le répertoire qu'il explore (Bizet, Puccini, Pergolese...). Mais au-delà de cette littéralité “opératique” c'est l'ensemble des jazz qu'il a phagocytés et des musiciens qu'il aime (d'Armstrong à Don Cherry en passant par Louis Smith, Tony Fruscella, sans parler de Chet et Miles mais aussi des grands vocalistes brésiliens) qu'il aborde avec une manière de sérénité passionnée : comme s'il s'agissait des enjeux et héros d'un vaste polyptyque lyrique avec pour intitulé global Rava l'Opera va...



Voir :
Le site Internet d'Enrico Rava : www.enricorava.com


Contacts

Agent
Pays: Italie
Nom: Mario Guidi
Tél: 0039 0 742 35 55 88
Fax: 0039 0 742 35 8831
E-mail: 
Site web: 
Adresse: Via Intermezzi 1
06034 Forigno

Tourneur
Pays: France
Nom: Reno Di Matteo
Tél: 0145080000
Fax: 0145080333
E-mail: reno.dimatteo@wanadoo.fr
Site web: www.anteprimaproductions.com
Adresse: Anteprima 22 rue de Navarin
75009 Paris



 
 
 
 
 
 
 
 
 
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